Mon parcours…

A.Boulé 3

Nantais de 32 ans, j’ai grandi sur les rives d’une île que l’on appelait autrefois Beaulieu. Cela bien avant l’arrivée de calamars géants dans un carrousel, et la disparition d’une espèce que je pensais protégée (aujourd’hui remplacée par une faune pittoresque de hipsters à poils courts): celle des ouvriers et des dockers en veste bleue, salie par la rouille et le cambouis, qui s’agitaient bruyamment sur mes quais dans des langues exotiques.

M’émancipant de cette insularité, j’ai quitté le nid douillet de mon territoire à dix-huit ans pour aller me former et travailler sous d’autres cieux : du désert picard à la plénitude irlandaise, puis de la faconde marseillaise à l’argot parisien, sans omettre le plaisir de baigner et de nager durant six ans dans un doux tourbillon surréaliste flamando-wallon (à Bruxelles, en somme).

En plein hiver 2012, titulaire d’un BTS audiovisuel -option montage- et fort d’une expérience professionnelle jugée (à tort ou à raison) conséquente, j’ai refait mon sac à dos et parcouru 800 kilomètres -à travers les plaines hostiles du Nord et le bayou normand- pour enfin réinstaller mes clics et mes clacs sur mon espace originel, que des urbanistes savants semblent désormais vouloir appeler « Île de Nantes ».

Ostensiblement auto-déclaré ‘Réalisateur et Photographe‘, je réapprends le bonheur de vivre « à la nantaise » : engloutissant des litres de sauce au beurre blanc et des hectogrammes de kouign-amann, rêvassant sur des plages granuleuses ou le long d’un vignoble onduleux, clignant des yeux devant les carrelets de l’estuaire, et défiant les tempêtes atlantiques depuis un Nid juché au sommet d’une Tour, affectueusement nommée Bretagne.

(Interviewé par Euradionantes pour la chronique « Dans la bibliothèque de… » autour du livre « La forme d’une ville » de Julien Gracq.)